Parler fort, international et solidarité territoriale : les caps du Medef Montpellier 

15 septembre 2025
REF Montpellier
©DR

Abnégation, prise de hauteur et réseautage intense : sur le thème  » Devant nous « , la REF 2025 du Medef Montpellier a tenu ses promesses, avec près de 1.000 participants, y compris gardois, biterrois etc. Et sous haute protection de la gendarmerie – motards, hélicoptère -, pour repousser un éventuel assaut des activistes du Soulèvement de la Terre. « L’an prochain, je ferai un sondage auprès des groupuscules, pour leur demander à quel moment je dois organiser la REF », a ironisé Jean-Marc Oluski, président du Medef Hérault Montpellier.

Il a donné trois caps à ses adhérents pour cette rentrée sous tension : « Parler fort, aller à l’international – et même les TPE peuvent le faire, nous avons ici des conseillers au commerce extérieur comme Célia Belline et Jean-Pierre Boffy – et mettre en œuvre une solidarité territoriale. » 

Il entend impliquer le syndicat patronal dans les élections municipales de mars. « Le sujet de l’économie est trop important pour qu’il soit négligé. » Un oral sur le programme économique des candidats aux municipales à Montpellier – Les Indiscrétions ont croisé Michaël Delafosse et Isabelle Perrin dans l’assistance – est prévu.

itw Patrick Martin Hubert Vialatte
©Gwenaëlle Guerlavais

Interview de Patrick Martin par Agencehv. Agencehv (Hubert Vialatte) a eu le plaisir d’interviewer Patrick Martin, président du Medef.  
 
Morceaux choisis :
« L’état d’esprit des entreprises c’est à la fois un sentiment d’inquiétude, car la conjoncture n’est pas fameuse, elle est même sinistre dans certains secteurs, comme la chimie ou le bâtiment. On voit le rouleau-compresseur chinois accélérer. Mais il n’y a pas de résignation, et cette volonté de revendiquer ce que l’on est. » 

« Sébastien Lecornu, nouveau Premier ministre, est un homme de terrain, il a été élu local. Il a été un bon ministre, notamment dans son dernier portefeuille en tant que ministre des Armées. C’est aussi un homme qui trompe son monde : là où tant d’autres gesticulent et vocifèrent, lui est humble. Mais il est très averti, et soucieux de trouver des solutions pour débloquer le pays. 
Le Medef sera contributeur, sans vendre notre âme au diable
. » 

Parmi les combats de rentrée :  
« Ne pas toucher aux allégements de charges, en gardant un lissage en fonction du niveau de rémunération. 
-Pas de nouveaux transferts de la charge des arrêts maladies dans les entreprises. C’est absurde, cela ne changera rien au comportement de ceux qui abusent, et on paiera deux fois – les cotisations et les complémentaires santé. 
– La non mise en place œuvre de la taxe Zucman, une ‘connerie stratosphérique'(sic).
-Aboutir sur la suppression de la CVAE. « C’est fort de café que l’État ne respecte pas sa parole. La CVAE pénalise nos entreprises industrielles. Elle devait être supprimée. C’était voté. Le Parlement a rétabli une surtaxe qui vient à l’euro près compenser la baisse qui avait été votée ! C’est un niveau de perversion assez remarquable, et vient questionner la confiance qu’on a – ou qu’on n’a pas – dans la parole de l’État.  
– Poursuivre le renforcement de la présence du Medef à Bruxelles, avec 16 permanents à présent, pour travailler l’influence auprès des institutions européennes.  
Tout le monde ne le sait pas, mais 70 % des normes et réglementations qui s’appliquent à nos entreprises sont d’origine européenne.  
Cette délégation permet aussi de renforcer les partenariats avec nos homologues européens, notamment les Italiens et les Allemands, à travers une trilatérale patronale.  
Une Maison des entreprises a été créée. La porte est ouverte à tous les adhérents du Medef. Les banques, l’UIMM, la filière automobile, l’ont rejointe. Beaucoup de Medef territoriaux et régionaux prennent appui sur cette maison des entreprises
(avec un conseil d’administration déporté du Medef Occitanie, fin septembre, ndlr).  
Ce sur quoi on est actifs en ce moment, ce sont les directives CSRD et CS3D, et la mise en œuvre du rapport Draghi. Il faut d’urgence prendre des mesures de protection pour les secteurs les plus menacés : EnR, automobile, chimie, sidérurgie. Et remettre à niveau la compétitivité européenne, à travers des fonds européens.
 » 

Petit détail pris à la volée et par hasard : à son arrivée sur le parking du Domaine des Grands Chais (Mauguio), alors qu’il était hors protocole et loin de la presse, Patrick Martin s’est tourné vers les motards de la gendarmerie ayant escorté son véhicule, pour les remercier. Un geste spontané, et assez rare chez des décideurs de ce niveau pour être souligné. 

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table ronde REF Montpellier 2025
©DR

« Eclipse du politique » (IFOP). Frédéric Dabi (IFOP) observe « une éclipse très forte du politique, accentuée par la dissolution de 2024. Les Français nous disent, dans les enquêtes d’opinion, que ce n’est plus dans la politique que ça se passe. Le mot qui ressort, c’est l’inaction. Il y a une rupture avec la promesse du politique : en échange de mon vote, le politique doit faire les bons constats, régler les problèmes et changer la vie. De ce point de vue-là, le compte n’y est pas. Les Français sont inquiets, face à un monde de plus en plus bouleversé. L’international passionne de plus en plus les gens. Ils ont compris que ce qui se passe dans le bureau ovale, en Ukraine…, peut avoir un impact sur leur quotidien ».  

Dans ce contexte de désamour avec le fait politique, « il y a une forte attente pour que les entreprises remplissent un rôle que les politiques ne jouent, d’après une majorité de Français, plus. L’entreprise crée du commun, s’inscrit de façon croissante dans la cité ». Par ailleurs, « les gens connaissent mieux les entreprises qu’avant. Elles sont moins assimilées aux grands groupes ».

Nouvelles formes d’engagement (Muriel Pénicaud). « Le plus grand projet de solidarité en France en 2025, c’est ZEvent, avec 16 M€ récoltés », souligne Muriel Pénicaud, ex-ministre du Travail. Alors qu’en 2030, « 75 % de la force du travail sera composée de Millenials (personnes nées entre 1980 et 1995, ndlr) ». Avec ses engagements propres, en matière « de social, santé, solidarité, écologie, et un fonctionnement en mode projet. Ces salariés ne veulent surtout pas être perdus dans un système matriciel où ils se sentent perdus. Ils ont une forte attente sur le sens du travail, sur l’équilibre entre vies professionnelle et personnelle. Le travail est pour cette génération devenue un élément de la vie, à côté de la famille, des loisirs… » Autre attente : une flexibilité du temps et des statuts. « Des jeunes préfèrent parfois travailler en sous-traitant qu’en CDI », relève-t-elle.  

Conditions de travail et protection sociale. Selon Anne-Sophie Godon-Rensonnet, directrice Accompagnement social et prévention en entreprise chez Malakoff Humanis, le contrat social en entreprise est un vecteur de productivité. « Les entreprises qui ont un contrat social font 10 points de plus de performance que celles qui n’en ont pas. C’est une notion qui n’est pas nouvelle, mais qui reste peu connue. »  
Dans les enquêtes, les attentes RH des salariés font ressortir trois priorités : « L’importance des conditions de travail, les dispositifs de protection sociale, avec la conscience que l’État et les pouvoirs publics ne pourront pas apporter le même niveau de protection à terme, – d’où un déport des attentes sur les entreprises ; Enfin, une reconnaissance. » L’engagement environnemental est en revanche « terminé. Vu le contexte économique, le mot d’ordre est ‘Back to basic’ (retour aux fondamentaux) ».  
L’épargne salariale est devenue « un élément de recrutement et de fidélisation. Pour les jeunes salariés, qui savent que leur retraite ne sera pas sécurisée, c’est devenu une demande. L’épargne salariale est perçue comme un complément de salaire ».  
Analyse corroborée par Romain de Tellier (Arc Industries Group, Grenoble). Lorsqu’il a mis un accord d’intéressement en 2024, « on pensait que personne ne prendrait l’épargne (pour bénéficier de l’argent directement, ndlr). Or, 90 % des salariés ont choisi l’épargne. »

Connaître ses droits. « Beaucoup de salariés ne savent pas ce à quoi ils ont droit, pointe Anne-Sophie Godon. Le fait que Swile regroupe sur une même carte tous les bénéfices est à mon sens très positif. »

Accueillir les problèmes. Romain de Tellier explique « reconnaître chaque salarié comme une personne, et non pas comme salarié. Cela induit aussi d’instaurer le droit à l’erreur. Face à un problème, nous sommes deux adultes. Quand on se positionne ainsi, les vulnérabilités sont accueillies de façon plus positive. » 

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