Les patrons d’Occitanie se soudent à la REF avant une rentrée difficile

1 septembre 2025

Les patrons d’Occitanie sont venus en force à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) 2025 du Medef, dans un contexte de forte incertitude politique et économique. Avec une conviction : face au marasme ambiant, l’entreprise peut apporter une partie de la solution. Carole Delga a alerté sur le « trop-plein de réglementations ». Reportage pour Les Indiscrétions.  
> Le discours de Patrick Martin disponible sur demande, en nous contactant à amelie@agencehv.com

REF France 2025
Patrick Martin sous le feu des questions des journalistes, dans une RÉF des plus politiques. ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

« Jeu décisif, l’heure des choix » : c’est le titre approprié, vu la conjoncture politique nationale et le vote de confiance sollicité par François Bayrou le 8 septembre, de la Rencontre des Entrepreneurs de France (Medef), organisé les 27 et 28 août pour la première fois dans les allées de Roland Garros, Porte d’Auteuil à Paris. L’Occitanie y a débarqué en force, avec quelque 250 inscrits, soit la plus importante délégation de France, hors Ile-de-France. « Les remontées de terrain montrent une situation difficile mais une grande détermination à tout faire pour relancer la machine, et se battre contre le sentiment d’insécurité économique, la valeur travail et le refus du blocage du pays », déclare Samuel Hervé, président du Medef Occitanie. Petite musique qui a couru d’une discussion à l’autre : les patrons, et les entreprises de manière générale, sont une solution efficace pour résoudre les crises. « Et on doit se faire entendre davantage dans le débat public », concède Samuel Hervé. Comme les quatre entrepreneures, invitées d’Agencehv, l’ont fait en juillet au Cap-d’Agde lors de la soirée Réseau Agencehv (à croquer ici).  
 
« L’interprofessionnel, le plus difficile ». Hommage rendu par Didier Katzenmayer (UIMM MP Occitanie) à Samuel Hervé : « Dans les branches professionnelles, on est tous dans nos couloirs de nage : bâtiment, chimie, métallurgie… Tu dois réconcilier ces mondes-là. L’interprofessionnel, c’est ce qu’il y a de plus difficile », glisse-t-il au micro.  

Samuel Hervé et Didier Katzenmayer lors de la REF 2025.
Samuel Hervé, président du Medef Occitanie aux côtés de Didier Katzenmayer (UIMM MP-Occitanie). ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

« Les entreprises jouent un rôle politiquea avancé Frédéric Dabi (IFOP). Elles le jouent sur la laïcité, sur la santé, sur les mobilités… Elles ont plus de crédit que l’État sur des sujets comme le climat. Les entreprises ont désormais une forme de majesté, davantage que les politiques, dont la parole ne porte plus. »

17 versions de discours. Patrick Martin, président du Medef, a insisté dans son discours d’ouverture (qui a compté pas moins de 17 versions !) sur le rôle des partenaires sociaux dans les chantiers à venir – démographie, transition climatique et numérique, financement de la protection sociale… « Des convergences peuvent émerger entre nous, car nous sommes en prise directe avec le terrain », Selon lui, « la France ne produit pas assez, elle végète et se déclasse. Le fossé se creuse avec nos voisins en termes de production et de productivité. C’est dramatique. Les acteurs économiques hésitent à investir, face aux incertitudes. On ne peut pas taper fiscalement sur les entreprises et leur demander de se projeter dans l’avenir. »

Petit cours d’économie basique devant un parterre de journalistes, lui demandant ce que les entreprises pourraient faire de plus pour le pays : « Les chefs d’entreprises investissent, embauchent, dégagent des marges de manœuvre pour augmenter les salaires et innover. C’est de cette façon que les entreprises peuvent contribuer encore plus à la prospérité du pays. Cela n’enlève rien au fait que les entreprises françaises, et vous pouvez retourner le sujet dans tous les sens, demeurent, même si cela s’est amélioré ces dernières années, les plus taxées au monde. »

Selon Patrick Martin, « la situation des entreprises est très préoccupante. Elle est même aujourd’hui critique dans certains secteurs, le bâtiment, la chimie, la sidérurgie, le commerce non-alimentaire et son amont industriel, les vins et spiritueux, l’intérim, ou encore l’hôtellerie-restauration ».  
Il prône, à l’échelle européenne, un « meilleur équilibre entre puissance économique et objectifs écologiques, à travers le principe de neutralité technologique. Il faut corriger des réglementations certes bien intentionnées mais mortifères pour des secteurs comme la chimie, le commerce de détail, l’énergie, l’agriculture… N’oublions pas que 93 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent d’autres continents. Il y a un risque de détruire notre industrie en imposant des standards excessifs. Qui veut faire l’ange fait la bête. C’est ce que nous sommes en train de faire en Europe, et il faut que ça cesse. Le Medef serait à Bruxelles le lobby le plus influent, selon l’OMC. Personnellement, je m’en réjouis ! » 

De gauche à droite, Frédéric Dabi (IFOP), Brice Soccol (spécialiste mouvement territorial), Carole Delga et Samuel Hervé.
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, entre Frédéric Dabi, Brice Soccol et Samuel Hervé. ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

Carole Delga : « Le principal frein, c’est le trop-plein de réglementations ». «  Sur le climat, il y a un désarroi, alerte Frédéric Dabi (IFOP), dans son intervention devant la délégation d’Occitanie, le 27 août. Le discours ambiant, après la sécheresse, les incendies et les discours, relève du ‘c’est foutu’. Les gens pensent que le politique ne pourra pas améliorer la situation. » 
« Dans les reproches que l’on peut faire aux politiques, expliquant un taux d’abstention de plus en plus élevé de des votes populistes, c’est que les politiques ne connaissent pas la réalité de la vie (des entreprises et du quotidien des gens), et c’est leur impuissance, constate Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Prouver qu’on connaît la réalité des gens, et montrer qu’on a une capacité à transformer la vie, c’est un défi ! » 
L’enfer administratif est dans le viseur de Carole Delga. « Le principal frein, c’est le trop-plein de réglementations. Pour obtenir la moindre autorisation, c’est parfois des semaines de combat. Ce n’est pas le métier d’un chef d’entreprise. Par exemple, en France, il y a une surtransposition des réglementations européennes. En Espagne, pourquoi peut-on réutiliser les eaux usées traitées, alors qu’en France, on utilise de l’eau potable pour nettoyer les caniveaux ? », s’agace-t-elle.  
S’exprimant sur la situation à Perrier, sans citer le nom de l’entreprise : « Il n’y a pas eu de clarification en France de la réglementation qui s’applique. Sans clarification, c’est la norme européenne, la plus stricte, qui s’est appliquée, ce qui met en péril 1.000 emplois. »  

Dans le bâtiment, une solidarité entre acteurs qui voit le jour. En pleine tempête, les acteurs du bâtiment se serrent les coudes. « Les banques sont plutôt en soutien en négociant des découverts et des financements, les fournisseurs laissent des délais de paiement plus importants, confie un acteur. Même les services de l’État accordent des décalages de TVA. Ce n’est pas formalisé, mais il y a une volonté collective de la part des acteurs. Pour bénéficier de ce mouvement, il faut que les chefs d’entreprises aient le courage d’aller parler aux Impôts, aux fournisseurs, aux partenaires bancaires. Car quand on a le nez dans le guidon, on refuse parfois de voir la réalité. »  

REF Montpellier le 10 septembre. Patrick Martin est annoncé le 10 septembre lors de la REF du Medef Hérault Montpellier, au Domaine des Grands Chais à Mauguio. Deux jours après le vote de confiance à l’Assemblée nationale, nul doute qu’il aura de nouveaux messages à faire passer.

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