On s’en fout

15 juillet 2025

589 personnes, distinguées le 14 juillet, font partie de la nouvelle promotion civile de Légion d’honneur. Flûte, je n’y suis toujours pas. Le tableau est éclectique : la courageuse Gisèle Pelicot, le très lisse écrivain Marc Levy, l’humoriste Sophia Aram. On trouve même Bruno Le Maire, ex-ministre de l’Économie et écrivain (on ne sait plus), élevé officier, après avoir laissé, en sept ans de Bercy, des finances publiques exsangues. Des personnalités communiquent sur la distinction reçue, souvent avec des mots tout vides. Elles n’étaient pas au courant, elles n’ont rien fait pour ça – car elles sont chimiquement humbles – mais bon, on le fait savoir. Et on n’envisage même plus que refuser les ors du Royaume de France est une option recevable.  

Ce déballage égotique surmédiatisé, augmenté jusqu’à la nausée par les réseaux sociaux, semble en décalage total avec le comportement requis par les urgences du pays. La place n’est-elle pas désormais à plus d’humilité et de sens collectif, maintenant que la fin de la récréation est sifflée ? Doit-on réécrire à nouveau la liste, sans jouer les Cassandre : la France dans le viseur de plusieurs puissances étrangères, budget 2026 explosif, pas de majorité, rapport au travail érodé, modèle de financement de la protection sociale à bout de souffle…. 

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Et pourtant. Et pourtant, je n’ai pas la prétention d’échapper à la règle. Si l’opportunité venait à se présenter, sortir de la routine pour serrer la pince du Président, et parler avec lui football, foutues taxes et microbrasseries, serait sans doute un moment privilégié. Pour moi, en tout cas. Mais à condition que ce moment soit vécu de façon informelle. Et, surtout, sans Légion d’honneur. Car, foi d’Indiscrétions, je n’ai jusqu’à présent sauvé personne, ni inventé la poudre.  

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