« Les plus mal loties pour l’entretien et les réparations des ponts, ce sont les petites communes. Il y a une vraie inégalité entre maîtres d’ouvrage, selon s’il est l’État, un Département ou une commune. Pour une commune, la réparation d’un pont peut représenter le budget annuel », confie aux Indiscrétions Lionel Llobet, gérant de la PME Cofex Méditerranée (Garons, dans le Gard, 70 salariés), entité de Vinci Construction, et président du Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement de structures (FRTP). Selon lui, les élus de petites communes ne sont pas suffisamment sensibilisés aux enjeux. « Souvent, personne n’est jamais allé sous ces ponts (pour vérifier leur état, ndlr). Il y a aussi le sentiment diffus que le pont sera toujours là, puisqu’on l’a toujours vu. Certains maires ne savent même pas que ces ouvrages s’entretiennent. » Il tire la sonnette d’alarme : « Les effets du dérèglement climatique accélèrent la dégradation des ouvrages, avec des crues plus violentes et soudaines qu’avant. 35.000 ponts sont très dégradés en France, arrivant en fin de vie. Cela risque de ‘tomber’ de plus en plus ».
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S’il y a une « prise de conscience intellectuelle », notamment depuis les effondrements du viaduc de Gênes (2018, 43 morts) et du pont de Mirepoix-sur-Tarn (2019, 2 morts), elle n’est « pas financée à ce jour. Et des Départements jusque-là vertueux en matière d’actions préventives réduisent leurs budgets et les orientent vers les seules actions curatives. Ce qui signifie d’attendre de réaliser des gros travaux devenus urgents, et plus onéreux, voire de risquer la survenue de graves accidents ». A ce jour, aucune loi impose un entretien régulier des ponts. « Contrairement aux tunnels, barrages, voitures particulières et aujourd’hui deux roues », compare Lionel Llobet.