Une fois, c’est amusant. Mais pendant 30 minutes d’interview au téléphone, il faut avoir l’estomac arrimé avec du fil de lin. C’est l’expérience vécue l’autre jour, avec, au bout des ondes, une militante de l’écriture inclusive. « Les femmes.hommes (…), les habitantes.habitants (…) les participantes.participants (…) », et ainsi de suite. Pendant 30 minutes. Et j’ai peu parlé. Dur, vous en conviendrez. Surtout qu’il me fallait rester concentré sur le fond du sujet.
Je ne pouvais pas interrompre le.la interlocuteur.trice (et voilà que je suis contaminé) : le journalisme incite à la réserve et à la stricte neutralité – sauf dans votre « On s’en fout », ultime fenêtre de liberté.
Par extension, j’ai appris avec soulagement la parution de « L’Encyclopédie des euphémismes contemporains – Et autres manipulations militantes de la langue », sous la direction de Sami Biasoni (éditions du Cerf). Un ouvrage relevant du service public, où sont raillés, entre autres tournures de phrase abrutissantes et absurdes, « l’appropriation culturelle », « fluidité de genre », « masculinité toxique », « discrimination positive », « déconstruction », « ultralibéralisme », « bienveillance », « parité », et, peut-être le pire de tous en termes de vacuité, « vivre-ensemble ».
Je vous rassure : le concept d’écriture inclusive est dans le viseur de ce bijou non technologique, à offrir à Noël. La définition, rédigée par le professeur agrégé Xavier-Laurent Salvador, est aussi savoureuse que subtile : « Écriture inclusive : animée par l’exclusion de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, cette orthographe contre-intuitive est un phénomène de marquage symbolique d’un engagement politique. C’est une forme d’anti-Villers-Cotterêts qui vise à peser sur la langue de toutes les administrations : les écoles, les universités et les entreprises sont concernées. »
Piqûre de rappel pour vous garder avec moi jusqu’à la fin : Villers-Cotterêts, c’est cette ville inintéressante de l’Aisne, connue historiquement pour l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui fit du français la langue utilisée par la justice.
On s’en fout
27 octobre 2025