Christophe Deldycke, Turenne Groupe

13 octobre 2025
Christophe Deldycke - Les indiscretions

« Face aux enjeux colossaux qui arrivent, un entrepreneur ambitieux ne peut pas ne pas renforcer ses fonds propres »

Ce 9 octobre au Village by CA à Montpellier, Les Indiscrétionsinterviewent pendant 50 minutes Christophe Deldycke, président de Turenne Groupe (capital investissement, Paris), qui accompagne depuis 1999 les entreprises, startups, PME et ETI dans le financement en fonds propres, avec un ancrage fort en régions. Nous avions révélé dans notre dernière édition l’implantation d’un bureau à Montpellier (directeur d’investissement : Cédric Thoma), couvrant toute la région Occitanie (à croquer ici). « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur. 

Christophe, peux-tu présenter Turenne Groupe à nos amis lecteurs ?
Nous sommes le leader national indépendant dans le capital-investissement en small cap (valeur inférieure à 75 M€). À ce titre, nous ciblons plutôt des PME et des petites ETI, qui réalisent entre 10 et 75 M€. Nos opérations financent la croissance des entreprises, des acquisitions mais aussi des transmissions.
Turenne Groupe, c’est 300 participations en France, la gestion de 2,1 Md€ d’encours, composés à 85 % de souscripteurs institutionnels et 15 % de privés et personnes physiques. Nous gérons une vingtaine de fonds, essentiellement des fonds institutionnels et des fonds régionaux, comme c’est le cas à Marseille avec la gestion de Sud Rebond. Nos bureaux en régions nous permettent de développer nos fonds nationaux avec une verticale sectorielle : santé, innovation avec InnovaCom, hôtellerie, services BtoB à l’environnement… 75 % de notre portefeuille de participations est hors Ile-de-France, alors que notre métier est très parisien. 98 % des entreprises françaises comptent moins de 20 salariés : cela représente beaucoup de cibles potentielles ! Aussi, il nous faut être sélectifs.

Pourquoi cette implantation à Montpellier pour l’Occitanie ?
Nous nous implantons dans le Village by CA (Crédit Agricole du Languedoc – CAL), suite à un appel à consultations de Sofilaro. Le CAL souhaite augmenter, sur sa zone (Hérault, Gard, Aude, Lozère) son empreinte en matière de capital-investissement, pour accompagner des secteurs en forte croissance : tourisme / hôtellerie, santé, et ingénierie autour de l’environnement (eau, décarbonation, mise en œuvre de process bas carbone, solaire, méthanisation…). C’est pour nous un terrain de jeux propice où trouver des opportunités. Les opérateurs ont besoin de fonds propres. Cédric Thoma, banquier d’affaires déjà actif sur le territoire, connaît les dirigeants de PME et ETI. La présence d’un fonds national sur ce territoire précis, en coinvestissant aux côtés du Crédit Agricole du Languedoc, a tout son sens aujourd’hui. À deux, nous pouvons monter des tickets à 20 ou 30 M€. Seul, on est plutôt entre 5 et 15 M€. En sachant que le CAL investit dans une partie de nos fonds nationaux sectoriels. Mais ce n’est pas un partenariat exclusif. Dans les tuyaux, nous avons déjà deux projets hôteliers dans l’Hérault et deux PME (santé et distribution). Turenne Groupe a déjà des participations ici, depuis nos fonds nationaux : Foir’Fouille, Jost Hôtel, Dedienne Santé (grossiste en produits chirurgicaux), Tribe Hôtels à Carcassonne.

J’en apprends plus ici

Tu es l’ex-président de la commission Action régionale de France Invest (association des investisseurs pour la croissance), qui promeut l’ouverture de capital auprès des dirigeants. À ce sujet, quel est ton message aux dirigeants de PME régionaux ? Vu la conjoncture, beaucoup ne sont pas enclins à accélérer…
Les sociétés françaises sont trop petites et sous-capitalisées. Sur 100.000 PME et petites ETI ayant des besoins de fonds propres en France, seules 8.000 sont accompagnées par des sociétés de capital-investissement. Or, un entrepreneur ambitieux ne peut pas ne pas renforcer ses fonds propres, pour financer les nouvelles innovations, la croissance, la RSE, la transition énergétique, l’export, la cybersécurité, l’IA, la réindustrialisation… Ce sont des montants colossaux ! Et nous avons des fonds à investir.

En Occitanie, 568 entreprises accompagnées par du capital-investissement. C’est le double du Grand Est (276). En 2024, 135 entreprises y ont fait une opération avec un capital-investisseur (79 en 2015), ce qui situe l’Occitanie au 4e rang national, derrière l’Ile-de-France (3.000), Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine, qu’elle talonne. La région est donc dynamique, et dans cette région, Montpellier est identifiée comme une plate forte, avec ses incubateurs, son potentiel de recherche.
Mais, du côté des dirigeants, il y a encore des freins puissants : la peur de perdre le pouvoir en faisant entrer un tiers, la peur qu’on les oblige à vendre (ce qui n’est jamais le cas). Nous amenons par ailleurs un accompagnement stratégique et opérationnel, ce qui est utile dans une conjoncture plus complexe. Le capital se fait fructifier, il ne se rembourse pas !

  

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