L’agriculture d’Occitanie face à la tempête climatique et économique

6 octobre 2025
agriculture occitanie - Les indiscretions
©DR

Avec 165.000 emplois et 65.000 exploitations, l’agriculture reste un pilier du territoire occitan. « Notre région est aussi vaste que le Portugal, avec des productions aussi diverses que l’élevage de montagne ou la viticulture méditerranéenne », rappelle Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture Occitanie (CRAO), ce 29 septembre, à l’occasion de la présentation d’Agri’scopie, un document recensant les chiffres clés de l’agriculture en Occitanie pour 2023. Mais derrière la diversité, une réalité commune : des contraintes climatiques de plus en plus rudes. « Nous sommes la première région française à subir les impacts du changement climatique. Précurseurs, mais pas dans le bon sens », regrette-t-il.  

Une région bio et sinistrée. L’Occitanie est en pointe sur le bio : une exploitation sur deux s’y est convertie, et 22 % des surfaces viticoles sont conduites en agriculture biologique ou sont en conversion. Mais les crises s’accumulent. L’été dernier, près de 20.000 hectares sont partis en fumée dans l’Aude. « Mieux vaut investir dans des retenues d’eau que payer les dégâts », martèle Denis Carretier, citant l’exemple de la vallée de l’Agly où 180 mm de pluie sont tombés en 90 minutes, sans pouvoir être stockés. « Il ne manque que l’eau à cette région pour qu’elle soit l’Eldorad’eau de l’Europe ».  

Le vin rouge en crise. L’Occitanie abrite le premier vignoble de France (257.000 ha, 51 AOP, 36 IGP, pour 17 % du chiffre d’affaires agricole régional) mais la filière viticole traverse une zone de turbulences. « Le marché du rouge est à l’arrêt », constate Denis Carretier. La taxe Trump continue de réduire les exportations vers les États-Unis (+15 % de coûts), tandis que la sous-consommation et le taux de change euro/dollar pèsent sur la compétitivité. « L’Asie, on a tourné la page du vin rouge depuis longtemps. Il faut se réorienter vers le rosé, le blanc…, estime-t-il. Les exploitations montrent pourtant une forte résilience, même si certaines coopératives n’ont pas encore soldé leurs comptes de 2022 », ajoute-t-il.  

Des revenus toujours trop faibles. « Les agriculteurs vivent une période d’incertitude », souligne Patricia Granat, présidente de Cerfrance Occitanie. Selon Nelly Dubosc, responsable du Pôle économie et prospective (PEP) à la Chambre régionale d’agriculture Occitanie, le revenu courant avant impôt des actifs non-salariés atteint 19.452 euros, soit 45 % de la moyenne nationale. « Le revenu des agriculteurs est deux fois plus faible que la moyenne française », confirme Denis Carretier.  

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Des filières qui se cherchent. Les productions végétales se diversifient : 38 % du pois chiche national est cultivé en Occitanie, tout comme 500 hectares d’amandiers et 80 hectares de pistachiers (dont 21 en bio). « La pistache, plus c’est vert, plus c’est cher », sourit Denis Carretier. Mais ces cultures restent marginales : « Toutes ces filières se cherchent, mais ne peuvent être que des compléments. » Même tentative du côté du chanvre, plébiscité pour ses qualités agronomiques, ou de l’avocat, testé dans les Pyrénées-Orientales.  

Entre forêts et filières émergentes. L’Occitanie est aussi la deuxième région forestière de France, avec 16 % de la surface nationale, dont 80 % de forêts privées. Une ressource stratégique, mais encore sous-exploitée. Pour les responsables agricoles, la clé réside dans une nouvelle PAC équitable, des politiques d’adaptation climatique ambitieuses et un soutien au revenu. « On ne veut dépouiller personne, insiste Denis Carretier. Mais on veut faire entendre notre voix. »  

Plus de 40 % des caves particulières en grand danger financier. Benjamin Devaux, directeur conseil économique et études du réseau de cabinets comptables CerFrance Occitanie, rappelle que 40 % des caves particulières dépassent le seuil d’alerte du risque financier, pour 41 % des exploitations coopératives. Une donnée qu’il est important de coupler avec le fait que la récolte 2025 s’annonce « historiquement faible ». 

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