On s’en fout

29 septembre 2025

Doit-on en faire une généralité, au risque d’essentialiser ? Oui, les femmes préparent généralement avec plus d’intensité et d’application leurs interventions – messages, éléments de langage, souci du détail… – que les hommes.
C’est un marqueur frappant, puisé dans l’exercice de l’interview, pratiqué depuis 25 ans pour la presse écrite, et depuis 15 ans pour l’animation de débats. L’interview, cette grande école d’impartialité, d’effort de compréhension de l’autre, d’identification de pièges (car l’interlocuteur peut bien sûr chercher à vous manipuler et/ou vous utiliser), pour l’amener vers le message essentiel, vers la problématique-clé.
J’ai deux exemples récents, pour deux interviews de dirigeantes de très haut niveau : Isabelle Patrier, DG de TotalÉnergies France (énergie), et Anne-Julia Goutte, nouvelle DG, depuis le 1er septembre, de Lactalis AOP et Terroirs (agroalimentaire). Malgré des agendas de ministre, toutes deux ont préparé leurs réponses avec force détails : des détails, des anecdotes, des feuilles de route avec plusieurs axes, des chiffres-clés. Vous l’aurez compris : un régal journalistique, car la première prise de notes se suffit à elle-même.

J’en apprends plus 

Il en est de même pour préparer les animations. Je ne compte plus le nombre d’intervenantes ne se sentant pas légitimes pour prendre la parole, et à qui il m’a fallu démontrer scientifiquement, en amont, qu’elles valent tout autant, sinon plus, que leurs homologues masculins convoqués sur scène. Les arguments utilisés pour encourager et guider sont toujours les mêmes. Pêle-mêle : « C’est très positif d’être stressée, ça veut dire que vous vous sentez concernée, tout sera aligné le jour J » ; « Vous n’aurez qu’à répondre à mes questions, ce n’est pas un discours que l’on attend de vous » ; « Vous êtes l’experte. C’est vous qui savez, pas nous. Alors, ne préparez que quelques chiffres-clés si ça peut vous rassurer. Mais surtout, soyez spontanée ! » ; « Si vous ressentez comme un flottement sur scène, n’hésitez pas à reformuler la phrase que vous venez de prononcer au micro. Cela permet de poser votre pensée » ; « Parlez à la salle, regardez-la, les gens sont là pour vous écouter, car votre expérience a une vraie valeur » ; « Prenez des anecdotes, des exemples concrets, ça parle aux gens, beaucoup plus que les citations attendues. »
Pour un peu, je vais me reconvertir dans le coaching et le développement personnel. Mais vous n’auriez alors plus votre « On s’en fout » hebdomadaire. Survivriez-vous ?

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