Ça n’a pas l’impact de Zevent, ce marathon caritatif sur Twitch, dans un monde où le format vidéo est devenu roi. Mais quand même. Le festival international de photojournalisme Visa pour l’Image, dont la 37e édition se déroule encore cette semaine à Perpignan, apporte un souffle bienfaiteur.
Il ne se résume pas à la couverture de conflits armés – Gaza, Ukraine, Darfour… Dans des joyaux de la cité catalane, sont exposés des clichés étonnants, ouvrant à la réflexion, au voyage, dans le temps ou dans l’espace, à travers des rétrospectives ou des reportages thématiques.
Ce gamin new-yorkais du Bronx pris de profil, en noir et blanc, qui bondit du toit d’un gratte-ciel à un autre, avec 50 mètres de vide sous ses pieds, au début des années 80. Le saut ne fait que quelques décimètres, mais mieux vaut ne pas glisser au moment de s’élancer.
Ces pompiers luttant contre les incendies de l’ouest américain, à travers 10 ans de photos, posant une loupe sur l’intensité croissante des désastres. Et révélant des scènes étonnantes. Comme ces soldats du feu qui retirent à la hâte un drapeau américain du toit d’une maison pour le sauver, alors que les flammes ne sont plus qu’à quelques mètres de l’habitation.
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Un peu plus loin, au couvent des Minimes, on tombe sur ces jeunes femmes syriennes qui se prennent en photo, drapeau fièrement brandi, après la chute de Bachar-el-Assad, en décembre 2024.
L’édition 2025 de Visa pour l’Image consacre deux reportages photos sur Donald Trump, synonyme d’une Amérique plus divisée que jamais. Deux reportages pour un seul homme, parce que le sujet s’y prête, et aussi pour le critiquer deux fois.
Dans un autre couloir, se dévoilent des exploitations agricoles, aux quatre coins du globe, qui surexploitent les ressources naturelles de la terre, comme ces cultures développées en Arabie saoudite, en plein désert, en pompant une nappe phréatique non renouvelable vieille de 30.000 ans. Les contrastes de couleurs, entre ocre et vert vif, saisissent l’œil.
Quel plaisir profond d’assister à la soirée de projection, dans un Campo Santo plein à craquer, ce samedi soir, en présence d’éminents confrères, allemands, français, italiens, américains, anglais… « Dans un monde d’IA, de filtres, de réseaux sociaux, de fake news, le photojournalisme célébré à Visa pour l’Image amène une vérité à l’état brut. Et les gens ont besoin de cette vérité. Il n’y a qu’à voir la foule qui se presse dans les lieux d’exposition », relève l’un des directeurs du Figaro, lors de la remise de prix. Viva visa !