
Céret : les bouchons en liège de Diam à la fête
Comment être en croissance dans un secteur en décroissance ? C’est le tour de force réalisé par Diam Bouchage, numéro 2 mondial du bouchon en liège, avec deux milliards de bouchons fabriqués chaque année. Division du Groupe Oeneo, Diam Bouchage réalise un chiffre d’affaires 2024-2025 de 222,5 M€, en hausse de 5,2 %. La hausse est notamment portée par le marché haut de gamme.
Diam conçoit, produit puis commercialise ses solutions de bouchage via un réseau d’une centaine de distributeurs, et emploie 653 salariés – environ 200 sur chacun des trois sites, à Céret (66), en Espagne et au Portugal, celui de Céret comprenant le pôle R&D. Les Indiscrétions ont échangé au creux de l’été avec Éric Feunteun, nouveau directeur de Diam Bouchage (depuis moins d’un an), basé à Céret (66), après 28 ans passés dans l’automobile. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
Éric, comment Diam Bouchage parvient-il à être en croissance, dans un secteur du vin en pleine crise ?
Nos bouchons, vendus trois fois le prix moyen du marché, sont positionnés sur les grands crus, un segment de marché qui souffre moins de la crise du monde du vin. Par ailleurs, la technologie est maîtrisée depuis 20 ans. Elle a fait ses preuves : avec notre bouchon, les vignerons savent comment va vieillir leur vin.
Les bouchons Diam représentent par exemple un tiers des bouchons de Champagne et 60 % des grands crus blanc de Bourgogne, pour leur capacité à maîtriser l’oxydation, un risque auquel ces vins sont exposés.
Les trois unités de production, à Céret dans les Pyrénées-Orientales, en Espagne et au Portugal, exportent hors de France 78 % de la production pour les marchés des vins, effervescents et spiritueux. Nous sommes très présents sur les nouveaux marchés du vin, le Brésil par exemple. Dans ces pays, nous mettons en œuvre une politique de formation et d’éducation des œnologues au rôle des bouchons.
Quelle place tient l’innovation ? Sur quoi travaille ton pôle R&D à l’heure actuelle ?
Les gens banalisent le bouchon dans la bouteille de vin. Or, le bouchon tient un vrai rôle. Avec un goût de bouchon dans son vin, le travail du vigneron part en fumée. Le pôle R&D, basé à Céret et composé de 10 personnes, s’est renforcé l’an dernier, avec le recrutement d’un directeur de l’innovation et de deux ingénieurs en recherche. Il faut intensifier l’innovation, car nous sommes copiés par nos concurrents. Parmi les dernières innovations, un bouchon enroulé dans une feuille fine, qui offre un aspect naturel – et non micro aggloméré, comme les autres bouchons Diam. Autre axe, la diminution de l’oxygène à l’intérieur de la bouteille, sachant que le bouchon relargue de l’oxygène dans la bouteille, notamment les six premiers mois. Les équipes travaillent aussi à la façon de personnaliser la quantité d’oxygène que chaque vigneron souhaite faire entrer dans son vin, ce qui est déterminant par rapport au niveau de sulfites, qui servent à absorber l’oxygène.
Enfin, les bouchons connectés, dotés de puces NFC, permettront, demain, de contrôler les problèmes de contrefaçons, ou même d’aider à savoir à quel moment déguster tel ou tel grand cru.
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J’importe aussi des méthodes de l’industrie automobile, par exemple une logique de développement en partenariat, qui n’existait pas dans le secteur, et une approche ‘Design to cost’ (optimisation des coûts d’un produit).
Enfin, pour mieux maîtriser la ressource en liège, menacée par les effets du réchauffement climatique en Espagne et au Portugal, nous avons lancé, le 17 juillet, la première plantation expérimentale de chênes-lièges en France, sur 8 hectares à Passa dans les Pyrénées-Orientales. La préservation de la ressource est un enjeu vital : l’entreprise consomme chaque année environ 15 % des 190.000 tonnes de liège produites dans le monde. Pour l’instant, la France ne représente que 1 % de la production mondiale. Il s’agit d’implanter plus au nord les lieux de plantation, car les chênes-lièges subissent en Espagne et en Portugal une mortalité importante du fait du réchauffement climatique. La volonté est, à terme, de planter des centaines, puis des milliers d’hectares, une fois validé le fonctionnement agronomique et le modèle économique. L’idée est bien de passer à l’échelle, avec une notion de captation de carbone : nous ne prélevons que l’écorce des chênes-lièges, et ces arbres vivent 250 ans. Nos clients aiment les circuits courts. Sans compter l’enjeu sociétal, dans le cadre de la lutte contre les incendies. Les forêts de lièges jouent un rôle de protection, de ralentisseur de feux. Et, après le feu, les chênes-lièges se régénèrent plus rapidement que la plupart des autres essences.
Quelle est selon toi la conséquence de l’augmentation des droits de douane américains, sachant que le secteur des vins et spiritueux, taxé à hauteur de 15 %, est mobilisé pour obtenir une exemption ?
L’augmentation des droits de douane américains affecte notre compétitivité, pas par rapport à nos compétiteurs de Méditerranée, seule zone de production de chêne-liège au monde, mais par rapport à des technologies concurrences, comme les bouchons à vis en aluminium. Nous risquons d’aller vers une descente en gamme de nos clients et vers la vente de produits moins complexes.
> Le Groupe Oeneo, détenu principalement par la famille Hériard-Dubreuil, est coté en bourse. Diam Bouchage représente la plus grosse partie (70 %) de l’activité du groupe, aux côtés d’autres entités : Seguin Moreau (tonnelier haut de gamme), Vivelys (produits technologiques pour les caves, comme les systèmes de suivi des fermentations)…