Pour la première fois depuis vingt ans, deux petites et moyennes entreprises innovantes, Genvia (hydrogène décarboné, Béziers) et Verkor (batteries pour véhicules électriques, Grenoble) entrent au palmarès des 50 premiers déposants de brevets de l’Inpi (institut national de la propriété intellectuelle), publié en exclusivité par Les Echos ce 24 mars (à lire ici).
40 brevets déposés avant sa création en 2021, et 40 autres depuis : dans une course de vitesse internationale, par exemple face à l’allemand Sunfire, Genvia, spécialisée dans la fabrication d’électrolyseurs haute température, brevette « tout ce qu’elle peut : design du produit, matériaux… », explique aux Echos Florence Lambert, sa PDG (à croquer ici). En complétant auprès des Indiscrétions « Ne lâchons rien ! » (lire en « J’en apprends plus ici », ci-dessous, sa déclaration complète).
Genvia veut continuer à pousser l’innovation au maximum, avant de passer au stade industriel de la fabrication de ses électrolyseurs haute température. « Dans dix ans, les Chinois seront dans le secteur des électrolyseurs haute température. Pour garder un coup d’avance, il nous faudra garder la dimension d’innovation, dans nos modules et nos procédés », analyse Florence Lambert. « On ne pourra pas se battre sur les coûts de fabrication. Mais nous pourrons apporter une meilleure performance, une intégration plus facile dans les procédés industriels, de la sécurité optimale, des procédés plus économes en énergie et plus automatisés… »
> Sur le même thème : « Genvia va tester ses électrolyseurs sur le site d’ArcelorMittal en Lozère », 12 novembre 2024, en cliquant là ; « Zones de turbulence pour l’hydrogène », Les Indiscrétions du 17 février, en cliquant ici
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Ce rythme soutenu est alimenté par la culture interne de l’innovation – les trois quarts des 150 salariés sont affectés à l’ingénierie et à la R&D – et par des liens permanents avec la recherche technologique du CEA à Grenoble . Des partenariats sont par ailleurs tissés avec des laboratoires d’Occitanie, tels que Laplace à Toulouse et l’ICGM (chimie et matériaux moléculaires) à Montpellier. Le passage à la phase industrielle, avec une gigafactory sur la Zac Mazeran à Béziers (aménageur : Viaterra), est prévu au tournant de 2030.
Florence Lambert « a été chercheuse puis directrice d’un des plus grands laboratoires au CEA, présidente de l’EUPVSEC (European Photovoltaic Solar Energy Conference and Exhibition) et d’une commission pour la Syndication des énergies renouvelables, puis PDG de Genvia. Elle est également ambassadrice du Plan d’investissements d’avenir France 2030 et marraine d’Energy Observer », précise Jalil Benabdillah (Région Occitanie) sur Linkedin (lire et voir ici), qui a assisté, le 17 mars à Paris, à la remise des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à Florence Lambert par Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique.
« Le marché de l’hydrogène est turbulent et ne décollera pas avant 2030 » , souligne la scientifique, jugeant qu’il « ne sert à rien d’être prêt trop tôt ». Dans cette course contre la montre, elle assume une stratégie des « petits pas », alors que « beaucoup d’acteurs se sont précipités ». « Il faut être patient encore quelques années, et c’est normal de devoir l’être. Regardez l’automobile : il a fallu 60 ans pour passer de quelques milliers d’unités par an à quelques millions. Mais je n’ai pas de doute sur le fait que l’hydrogène prendra une part essentielle dans la transition énergétique ».
Alors que la filière hydrogène est percutée par des doutes quant à son financement et ses débouchés commerciaux, elle répond aux Indiscrétions : « La filière hydrogène bas carbone est sans aucun doute l’un des piliers de la transition énergétique et son développement est porteur d’espoir pour atteindre les objectifs climatiques de neutralité carbone. Toute technologie émergente suscite des interrogations légitimes, notamment son déploiement à grande échelle et son financement. Aujourd’hui, toutes les études convergent vers le constat que la montée en puissance du marché ne sera pas aussi rapide qu’espérée, comme en France où les objectifs pourraient être réactualisés dans la PPE à 4,5GW pour 2030 et 8GW pour 2035. On retrouve la même dynamique partout dans le monde. Rappelons que c’est toute une chaîne de valeur qui doit émerger et monter à l’échelle, des technologies de production aux cas d’application, en passant par le transport et stockage. La France a su très tôt mettre en place une stratégie nationale hydrogène au sein de France 2030 avec 9 milliards alloués pour coordonner l’émergence des premiers champions sur cette chaîne de valeur. La question n’est pas de savoir si et quand la filière hydrogène bas carbone va émerger mais plutôt comment (à quelle vitesse, dans quel volume et pour quels cas d’usages…) afin de synchroniser au mieux le base industrielle associée.
Dans un contexte de compétition internationale déjà accrue avec la Chine qui déploie des capacités de production de masse à prix compétitif sur certaines technologies d’électrolyse, la France et l’Europe ont des atouts en matière d’innovation et de différenciation technologique qu’il convient de renforcer.
Les dépôts de brevets s’accélèrent partout dans le monde et nous devons redoubler d’efforts pour soutenir les programmes de recherches et développements ainsi que les projets pilotes et démonstrateurs associés qui permettront le passage à l’échelle industrielle de ces innovations, vecteurs de différentiation technologique et de leadership pour notre continent afin d’assurer une efficience optimale de nos électrolyseurs pour chaque électron consommé et euro dépensé, ainsi que l’exploration de tous les potentiels de couplages énergétiques qui seront clés demain. Nous avons tous les atouts (technologies, savoir-faire…), et Genvia a rajouté 40 brevets aux 40 brevets initiaux, pour positionner nos technologies européennes en avant-garde de la filière technologique H2. Ne lâchons rien ! »